mercredi 21 mai 2008

Dossier Bac 2008. L’architecture contemporaine dans le milieu ancien

Sommaire

Introduction
La nécessité d’un nouvel aménagement
I. L’architecture contemporaine s’oppose à l’antique
1. Le contraste au niveau de la ville
2. Les nouveaux matériaux et enjeux
3. La recherche de l’utile
4. Les polémiques
II. La volonté d’intégrer l’architecture contemporaine à l’ancien
1. Approche historique
2. La valorisation technique du passé
a) Les matériaux
b) Les formes

Introduction

La différence entre l’architecture moderne et celle contemporaine est nette. En effet, la deuxième semble bien naître en réaction à la première, surtout en ce qui concerne le rapport à l’histoire. Dans les années vingt, avec la naissance de l’école allemande Bauhaus en 1919, une nouvelle idée de l’architecture s’impose : cette dernière ne doit faire aucune référence au passé mais au contraire, une volonté de nouveau, de rupture et donc de retour à l’original est privilégiée. Ainsi, cette période qui s’étend jusqu’aux années soixante cherche de nouvelles formes, simples, nettes, géométriques, et bannit tout ornement considéré comme inutile, pourtant très apprécié dans les siècles précédents. L’architecture moderne se base sur le fonctionnalisme, sur cette idée que la fonction qu’occupera le futur bâtiment doit être une sorte de guide pour la construction. Les travaux de Le Corbusier sont bien l’exemple de cette recherche de l’utilité ainsi que de la simplicité associée à des formes standardisées. Sa Villa Savoye ou la Cité Radieuse se caractérisent par ces formes définies, simples, toutes étudiées afin de remplir une fonction précise. Au contraire, l’architecture contemporaine s’oppose à celle moderne dans la mesure où elle est soucieuse du passé, elle préfère rénover, recréer à partir du passé. D’ailleurs, suite à la guerre, les villes n’ont-elles pas eu le besoin d’être recrées tout en maintenant leur valeur historique ? Les architectes contemporains choisissent de retrouver et de revaloriser le passé même s’ils sentent le besoin de faire intervenir dans leurs constructions quelques nouveautés pour ne point rester ancrés dans le passé.
Ainsi, nous devons affronter cette problématique ancien/moderne puisque naissent des questions telles : comment continuer le passé sous de formes nouvelles ? comment sauvegarder l’héritage architectural et urbain sans figer la créativité ni le développement des villes ? Nous pouvons considérer avant tout l’architecture contemporaine comme une architecture de la continuité, d’une part car elle se soucie du passé, d’autre part, car elle est toujours plus confrontée au concept de développement durable qui suppose une durabilité du bâtiment. Il sera nécessaire de considérer comment aujourd’hui les architectes mettent en place des techniques afin de répondre à des besoins éthiques croissants tout en favorisant la permanence de l’ancien. L’architecture contemporaine prend donc ses distances par rapport à celle moderne en éliminant les formes standardisées très répandues auparavant, en s’éloignant du fonctionnalisme et ainsi en cherchant des formes plus esthétisantes, et en réintroduisant l’ornemental aux constructions, comme c’était le cas dans l’architecture du passé, celle antique ou baroque par exemple. Cependant, les constructions contemporaines doivent tenir compte des nouveaux besoins de la société, des nouvelles perspectives telles le développement durable ainsi que de l’évolution technologique qui offre aux architectes de nouveaux outils pour construire.
D’ailleurs, depuis le XXème siècle de nouveaux matériaux ont été introduits en architecture, tels le verre, le béton armé et le fer, s’ajoutant à ceux plus classiques comme le marbre, le bois, la brique, la pierre. C’est pourquoi l’architecture moderne a suscité des critiques par les nouveautés introduites, mais celle contemporaine peut être considérée comme une question plus délicate puisqu’un rapport à l’antique, à ce qui existe déjà, est présent, d’où la difficulté de juger si ces nouvelles constructions peuvent intégrer, voire substituer le tissu urbain déjà existant, malgré les matériaux utilisés. Par exemple, le centre Georges Pompidou construit dans les années 70 se situe dans le centre ville parisien et se détache nettement du contexte ancien dans lequel il a été placé, et encore aujourd’hui les critiques sont vives, signe qu’il n’est point facile d’intégrer une nouveauté dans une ville historique et d’y habituer les habitants. Cette démarche reste quand même une exception dans la mesure où est présent un certain esprit du modernisme. L’architecture contemporaine semble donc à première vue s’opposer à la substance historique par le fait qu’elle doit évoluer en termes de matériaux, d’enjeux, mais nous pouvons quand même considérer lors d’une étude plus approfondie qu’un véritable souci du passé est présent.
Les villes, étant constamment confrontées à des enjeux de tout type, quels choix adopter pour les constructions actuelles ? Comment l’architecture contemporaine s’intègre-t-elle dans l’antique ?
Dans cette analyse nous tendrons compte de trois bâtiments contemporains : l’Ara Pacis de Richard Meier situé dans le cœur historique de Rome, la pyramide du Louvre de l’architecte Ieoh Ming Pei à Paris, et la coupole du Reichstag projetée par Norman Foster à Berlin. Nous remarquerons premièrement que ces œuvres de l’architecture contemporaine s’opposent avec le passé, avec leur entourage historique, mais que cependant ces constructions cherchent à s’intègrer harmonieusement dans la substance historique de leurs villes et donc qu’un souci au passé est toujours présent.
Ainsi, nous parviendrons à définir le travail des architectes contemporains lorsqu’il s’agit de construire dans des villes où les habitants sont très attachés à leur histoire et dans lesquelles sont remis en question les travaux architecturaux accomplis auparavant.

La nécessité d’un nouvel aménagement

Ces trois œuvres architecturales d’époque contemporaine ont toutes été projetées dans une logique de renouveau, c’est-à-dire qu’elles devaient remplacer une structure qui avait était détruite ou tout simplement déménagée du lieu dans lequel elles se trouvent. Il sera donc nécessaire de présenter avant tout le contexte historique dans lequel ont eu lieu ces projets et analyser l’évolution architecturale des bâtiments anciens jusqu’à la période de leur rénovation.
Pour ce qui concerne le Louvre, celui-ci en 1973 devient le musée de la nation, d’où la nécessité rapide d’agrandir sa superficie afin d’accueillir les collections en augmentation. Cet élargissement concerne d’abord l’intérieur du bâtiment, et en même temps la cour Carrée est acquise au Louvre, mais le problème de l’espace suffisant pour un musée si importante persiste. C’est en 1981 que François Mitterrand, à l’époque président de la République, décide de transformer ultérieurement le Louvre : l’entrée principale du musée est resituée dans la cour Napoléon puisque les collections sont recentrées autour de cette cour et un certain espace est récupéré pour l’agrandissement du musée. Ainsi, l’idée est que l’accès doit désormais être clairement indiqué pour faciliter l’orientation des visiteurs. La cour Napoléon, qui à l’époque était occupée par un espace vert, est libérée pour un nouvel aménagement qui sera confié à l’architecte chinois Ieoh Ming Pei. L’idée qui en ressort est qu’il faut créer un musée moderne qui ne provoque pas de contraste avec l’entourage historique et culturel de la ville, et la pyramide qui va se trouver au centre de la cour est donc le projet de cet architecte. Elle s’élève à 21 mètres sur une base carré de 35,50 mètres et autour de celle-ci sont placées trois pyramides de taille beaucoup plus réduite.
L’aspect de la cour avant la construction de la pyramide et avant même l’aménagement qui a précédé l’œuvre de Pei.
L’aménagement de la cour avec au centre la pyramide de l’architecte sino-américain.
Pour ce qui concerne l’Ara Pacis, son histoire date depuis longtemps, depuis le premier siècle avant JC. En effet, l’Ara Pacis Augustae est un petit enclos sacrificiel de dix mètres sur onze, en marbre blanc, orné de sculptures représentant notamment l’empereur Octave Auguste et la familles impériale accomplissant des rites religieux. Les décorations sont d’ailleurs un exemple de sculpture classique. En 1937, Mussolini a fait reconstruire près du Tibre cet édifice qui à l’origine se trouvait sur le Champ de Mars puisque dans la zone choisie se trouvait déjà le Mausolée d’Auguste. Cependant, la construction accomplie dans ces années se révéla un désastre puisque il n’y avait pas eu le souci de conserver le vieux monument ; la structure en forme d’énorme serre en verre et fer a endommagé le marbre par le climat et la pollution. C’est pendant les années 90 que l’idée d’une modification est née, en confiant le projet à l’architecte américain Richard Meier afin de créer une structure qui puisse s’intégrer à son environnement tout en sauvegardant l’Ara Pacis.
La structure réalisée par Morpurgo dans les années 30 qui a ensuite été remplacée car le souci du maintien de l’Ara Pacis était absent.
Le projet de Richard Meier pour le nouvel aménagement de la zone qui a été terminé en 2006 et qui a remplacé la structure plus ancienne.
A Berlin, le monument du Reichstag a lui aussi connu une longue évolution, surtout dans la période des guerres mondiales où il a été endommagé plusieurs fois. Suite à l’incendie de 1933 du bâtiment, et aux autres endommagements qu’il a subis, le Reichstag est rénové, mais l’intervention la plus spectaculaire dans une logique architecturale est la coupole moderne projetée par Norman Foster en 1995, qui devait remplacer celle qui avait été détruite les décennies précédentes et qui représente une nouveauté dans la structure générale du bâtiment où siège le Bundestag, le gouvernement allemand.
Le bâtiment du Reichstag avec la coupole ancienne détruite pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le bâtiment du Reichstag est quasiment le même sauf pour la coupole qui a été reconstruite en verre et acier par Foster.

L’architecture contemporaine s’oppose à l’antique

Si, d’un coté, il y a nécessité d’intégrer totalement le nouveau bâtiment au contexte historique dans lequel il est placé, d’autre coté, les architectes doivent faire face à l’évolution de l’architecture en soi qui suppose par exemple l’utilisation de nouveaux matériaux, et aux nouveaux enjeux qui s’imposent dans notre société actuelle. D’ailleurs, à première vue, les constructions contemporaines que nous allons étudier semblent se détacher de leur environnement architectural plus que de s’y intégrer. Et ce contraste entre ancien et moderne est d’autant plus net qu’il y a des débats autour de ces constructions nouvelles, signe qu’un détachement avec le passé et une nouveauté dans la ville sont difficilement acceptés par les habitants, et que ces bâtiments ne sont pas parvenus à s’intégrer totalement dans la substance historique.

Le contraste au niveau de la ville

Tout d’abord, nous pouvons constater le contraste net qui se crée entre ces œuvres architecturales et leur entourage, dans le cas de nos exemples, imprégné d’histoire. Même si une volonté de reprendre le passé et donc de s’imposer le moins possible à ce qui existe déjà s’impose, comme dans toute architecture suivant la logique contemporaine, un détachement est indispensable. Prenons ces trois bâtiments à l’échelle de la ville, voire du quartier : ils marquent une certaine rupture avec le reste de la ville.
Pour ce qui concerne la pyramide du Louvre, celle-ci empêche de voir le bâtiment d’origine dans sa totalité et coupe la perspective qui allait auparavant de la cour Carrée à l’Arc de triomphe de l’Etoile. D’ailleurs, cette perspective n’était pas dans les projets initiaux du Louvre dans la mesure où la cour était fermée en direction de la Concorde par le palais des Tuileries jusqu’en 1882, lorsqu’il a été détruit. Dans le cas de cette pyramide celle-ci se présente donc comme un élément de rupture dans le grand axe de la ville et se place bien au milieu des palais datant de l’époque classique.
La pyramide du Louvre se détache sur le grand axe de Paris.
Dans le cas de l’Ara Pacis, le bâtiment construit par Richard Meier se détache de ce contexte en s’y imposant en quelque sorte surtout par le fait qu’il englobe la structure et l’Ara déjà existantes. L’idée serait que l’architecture contemporaine parviendrait à englober celle ancienne, comme ici cette construction parvient à contenir l’histoire à son intérieur. En effet, cette construction attire immédiatement l’œil, d’une part par ses dimensions importantes qui se présentent comme une nouveauté pour Rome, et d’autre part, par la couleur blanche de la nouvelle structure, choisie afin de s’intégrer le plus possible avec l’atmosphère romaine mais qui pourtant s’y détache. A une échelle plus grande, l’œuvre de Meier est en contraste avec l’organisation et les bâtiments de son entourage puisque la place Augusto Imperatore se trouve désormais réaménagée et « fermée », c’est-à-dire que la possibilité d’ouvrir la place vers le Tibre n’a pas été tenue en compte et effectuée. L’Ara Pacis devient donc un « quatrième » mur de la place, en se présentant comme une limite pour la continuité d’un axe de la ville. Nous retrouvons ici une certaine similitude avec la pyramide du Louvre qui, elle aussi, s’impose dans un axe de la ville. De même, la barrière en acier et verre que représentent les murs de la structure séparent visiblement l’ancienne structure du fleuve.
Plan de l’Ara Pacis et de la place Augusto Imperatore montrant bien cette rupture de la nouvelle structure avec son environnement historique, et la “barrière” entre les constructions ancienne est le fleuve.
La nouvelle coupole du Reichstag marque elle aussi une rupture avec ce qui l’entoure, même si le contraste semble être moins net. En effet, le bâtiment dans lequel siège le gouvernement allemand, si observé d’en dessous, ne laisse entrevoir qu’une partie de la coupole qui se trouve sur le toit du Reichstag, en limitant cette impression de rupture totale avec le contexte, notamment par la position dans laquelle a été placée la coupole. De plus, la taille de cette œuvre architecturale n’est point dominante par rapport au reste du bâtiment, en s’imposant ainsi de manière plus atténuée par rapport aux deux autres constructions analysées. Néanmoins, dans une vision plus élevée et plus générale, cette coupole suscite tout de suite l’attention par les nouveautés introduites par l’architecte, tels les matériaux, qui s’opposent à l’ancienne structure datant de 1894.
Vue aérienne du palais du Reichstag qui montre bien le contraste de la coupole moderne avec le bâtiment plus ancien et tout son entourage.

Les nouveaux matériaux et enjeux

Un autre élément qui marque indubitablement un détachement de ces constructions par rapport à la substance historique est l’utilisation croissante de nouveaux matériaux, qui permettent ainsi une nouveauté dans leur utilisation ainsi que dans leur fin. Bien que ceux utilisés auparavant soient encore adoptés dans les bâtiments d’aujourd’hui, comme le marbre, le bois, la pierre par exemple, d’autres ont été introduits depuis le début du XXème siècle, tels le verre, l’acier et le béton armé. L’utilisation des matériaux dans l’architecture a changé, autrement dit les architectes ont commencé de même à rechercher la légèreté du bâtiment, des formes toujours plus esthétisantes et difficiles à entreprendre, une approche différente vis-à-vis de ce que doit être une œuvre architecturale. Par exemple, dans la période classique ou néo-classique, les architectes privilégiaient la mesure et la régularité alors qu’aujourd’hui nous pouvons trouver tout type de forme, ainsi en est l’exemple du Guggenheim de Bilbao qui présente un toit en quelque sorte désordonné, observé par une multiplicité de points de vue. D’ailleurs, c’est bien cette technique qui nous renvoie à une idée d’éclatement des sens et qui a été utilisée dans le déconstructionnisme, courant contemporain qui visait à cette impression de pluralité des sens, à présenter quelque chose qui semblait s’écrouler. Ainsi, nous pouvons considérer que ces nouveaux matériaux se détachent de l’histoire, d’une part car ils ont été introduits depuis un siècle voire depuis plus brièvement, et d’autre part car ils permettent de nouvelles approches qui n’étaient possibles auparavant, signe d’un certain contraste. De plus, dans la mesure où nous sommes toujours plus confrontés au concept de développement durable, les architectes optent pour ces matériaux qui permettent aux constructions de réduire leur pollution et de favoriser progressivement la mise en place d’une ville durable. Une étude sur ces nouvelles technologies et sur les nouveaux enjeux sera donc nécessaire afin de comprendre que l’architecture contemporaine, même si intégrée dans un contexte ancien qui ne se souciait de ce problème, se détache des bâtiments plus anciens par son approche écologique. Ce qui lie les trois œuvres que nous sommes en train d’analyser sont bien les matériaux utilisés. Celui qui domine est le verre, un des plus utilisés dans l’architecture contemporaine, caractérisé par sa transparence et sa légèreté. En effet, la fin dans l’utilisation de ce matériau est bien la recherche d’une certaine dissimulation du nouveau bâtiment avec son entourage, même si le contraste demeure évident. De même, nous retrouvons dans ces constructions la vaste utilisation de l’acier, lui aussi matériau qui a été adopté d’une manière à représenter une certaine légèreté, et qui compose la structure principale de ces bâtiments, c’est-à-dire qu’il constitue leur forme.
La pyramide du Louvre est composée de ces deux matériaux les plus caractéristiques de l’architecture contemporaine. Leur choix est dû par la volonté d’intégrer cette œuvre dans son environnement historique, ce qui porta donc l’architecte chinois Pei à les adopter afin de parvenir à édifier une structure élégante, légère , en rupture « respectueuse » avec les matériaux traditionnels du Louvre. Ici nous remarquons bien qu’il y a un certain contraste avec les matériaux du passé. Le verre est spécialement conçu pour que le monument laisse passer une lumière abondante et résiste aux changements climatiques, ce dernier but étant permis par des mesures technologiques pas possibles auparavant. De plus, le verre a aussi été utilisé pour les trois pyramides secondaires qui, elles aussi, ont cette fonction de faire diffuser la lumière afin de limiter l’utilisation de la lumière artificielle. Elles éclairent les passages qui donnent directement accès aux trois « régions » du musée dans lesquelles les collections sont réparties.
L’acier est adopté pour la structure principale et se détache nettement des autres matériaux plus classiques utilisés dans les bâtiments anciens. En effet, l’acier forme la pyramide et divise les parois de celle-ci en de nombreux triangles qui sont recouverts du verre.
Détail de la pyramide du Louvre où sont bien évidents les matériaux utilisés.
Pour ce qui concerne la structure construite autour de l’Ara Pacis, nous retrouvons aussi les matériaux de la pyramide parisienne mais utilisés sous certains aspects de manière différente. Tout d’abord, au revêtement en pierre de cette nouvelle structure s’ajoutent des panneaux en verre recyclé et en acier qui composent les parois du monument et qui ont pour fonction de permettre l’éclairage grâce à ses grandes dimensions, c’est-à-dire des panneaux dont la taille n’avait jamais été utilisée jusqu’à présent en Italie. Ici nous pouvons bien remarquer l’introduction d’une nouveauté, d’une technique innovante qui est en contraste avec celles anciennes qui tout d’abord n’utilisaient pas le verre, et que si elles l’adoptaient, ce n’était que modérément car d’autres matériaux étaient privilégiés. Au verre utilisé sont ajoutés des matériaux et des technologies qui permettent d’ « autonettoyer » celui-ci dès lors que les agents atmosphériques causent une réaction à ces matériaux technologiques. De plus, la manière dont est utilisé le verre permet de filtrer les rayons lumineux afin d’éviter l’endommagement de l’œuvre à l’intérieur et de réguler la lumière de la salle. Tout a été étudié jusqu’à la limite des possibilités techniques actuelles afin d’inscrire cette nouvelle construction dans un contexte éthique et écologique. Toujours pour favoriser cette logique, même le complexe d’installation de climatisation est soucieuse de l’atmosphère, il est le plus discret possible par rapport à l’architecture environnante et permet en même temps la stabilisation de la température et une économie d’énergie considérable car le système ne climatise que les volumes où les visiteurs sont présents.
L’utilisation de l’acier permet donc de fixer ces panneaux en verre qui favorisent la lumière naturelle par la transparence du matériel et auxquels des interventions technologiques sont tout à fait possibles afin de respecter l’environnement. Tout ceci s’oppose nettement à l’ancien dans la mesure où ces techniques ont été introduites progressivement depuis la moitié du XXème siècle et les matériaux nouveaux sont en contraste avec les bâtiments de l’entourage mais aussi avec ceux de l’Ara Pacis se trouvant à l’intérieur de la structure contemporaine.
Détail d’une façade de la nouvelle structure de l’Ara Pacis sur laquelle sont visibles les nouveaux matériaux et le nouvelles techniques utilisés.
La coupole du Reichstag elle aussi se détache du contexte historique par ses matériaux et sa recherche d’économie d’énergie. En effet, même ici nous retrouvons le verre et l’acier qui composent la totalité de la coupole. Le verre domine presque entièrement alors que l’acier est utilisé de manière plus atténuée puisqu’il permet la forme de la coupole par son application en spirale. La combinaison de ces deux matériaux est très appréciée dans l’architecture contemporaine, comme nous pouvons le constater dans toutes les œuvres de Norman Foster mais aussi dans le centre Pompidou qui se détache de son contexte par son innovation dans l’utilisation des matériaux. Au contraire, auparavant la pierre était privilégiée puisque le verre et l’acier donnaient l’idée de se trouver face à une usine ; il suffit de noter toutes les polémiques et le scandale qu’il y a eu autour du Crystal Palace en 1851 pour les matériaux utilisés et les nouveautés introduites en termes d’aménagement de l’espace. Le bâtiment du Reichstag est équipé de technologies respectant l’environnement et économisant les ressources énergétiques, et ce concept promu par le Bundestag est intégré dans la modernisation et le nouvel aménagement du bâtiment. En prenant en considération uniquement la coupole, il y a un entonnoir en forme de trompe situé au centre de l’œuvre de Foster qui permet grâce à ses 360 miroirs, l’utilisation de la lumière du jour dans la salle. A l’intérieur de cet entonnoir se trouve caché un dispositif qui absorbe la chaleur dégagée dans la salle pour le chauffage du bâtiment. Toutes les pertes de chaleur sont donc réutilisées pour le chauffage et si elles ne sont pas utilisées, elles peuvent être stockées pour ensuite en profiter en hiver ou en été pour la climatisation. Cette coupole montre le contraste qu’il y a entre cette nouvelle structure et son fonctionnement, et le bâtiment plus ancien qui « profite » des innovations pour son bon fonctionnement, même si à l’intérieur de celui-ci nous retrouvons désormais des dispositifs et un aménagement plutôt modernes. En effet, si cette coupole s’oppose au contexte urbain historique de la ville, il est aussi nécessaire de spécifier que Berlin est toute en reconstruction et donc que l’œuvre de l’architecte anglais semble en quelque sorte « réinsérée » dans un nouveau contexte. Ainsi, il est plus « habituel » de voir une coupole en verre et acier sur le toit du Reichstag que de voir une pyramide et une « boite » toujours en verre et acier au centre de villes imprégnées d’histoire qui survit encore aujourd’hui.
Sur cette image on remarque bien les deux matériaux utilisés, et surtout la forme circulaire de l’acier qui compose la structure principale de la coupole.
L’entonnoir en forme de trompe situé au centre de la coupole de verre.

La recherche de l’utile

Même si auparavant nous avons constaté que l’architecture contemporaine s’éloignait du fonctionnalisme très caractéristique de l’architecture moderne, nous pouvons néanmoins considérer que ces trois œuvres, dans la mesure où elles sont associées à un musée pour deux d’entre elles, cachent quelques aspects fonctionnels. En effet, ces constructions se soucient toutes trois de l’organisation spatiale puisqu’un certain ordre est nécessaire afin de faciliter les flux continus de personnes. C’est bien cet aspect fonctionnel qui marque un détachement par rapport au passé puisque la notion d’utile est surtout présente dans l’époque moderne qui remettait en cause les travaux du passé et recherchait l’innovation totale. Ainsi, il y a une nette opposition entre le passé et le présent, entre l’architecture contemporaine ici associée plutôt à celle moderne et l’architecture antique, historique.
La pyramide du Louvre, par exemple, a été construite afin d’occuper le rôle d’entrée du musée pour faciliter l’organisation lorsque de nombreuses personnes viennent le visiter. D’ailleurs, à l’intérieur de la pyramide un espace souterrain de 46000 mètres carrés a été aménagé par l’architecte Pei pour permettre de diriger les visiteurs vers les différentes zones du musée, sous une idée de parfaite organisation. L’entrée a donc rationalisé et ouvert le passage aux collections du Louvre.
La rénovation de l’Ara Pacis et la construction de la coupole ont-elles aussi été effectuées sous la logique du fonctionnel puisque leurs formes simples et les techniques utilisées visent à une meilleure organisation de l’espace et à un confort majeur pour les visiteurs. Le projet de l’Ara Pacis visait d’ailleurs à conserver l’œuvre historique qui se trouve à l’intérieur.
La recherche de l’utile est ici présente puisqu’il s’agit de musées et la volonté de faire quelque chose d’esthétiquement appréciable n’a pas été le seul but de ces architectes. Ainsi, cette architecture proche de celle moderne sous un point de vue du fonctionnalisme s’éloigne de l’environnement ancien.

Polémiques

Ces constructions contemporaines dans un milieu ancien ne sont point faciles d’intégrer dans le contexte historique et culturel puisqu’elles doivent d’une part chercher une intégration harmonieuse avec les bâtiments qui l’entourent, mais elles doivent aussi répondre aux exigences des personnes. Déjà le fait qu’il y ait des polémiques à l’égard de ces œuvres montre bien qu’il y a un certain détachement par rapport à l’ancien dans la mesure où nous nous rendons compte qu’il y a une différence architectonique entre le bâtiment existant et celui nouveau. Ainsi, pourquoi devrions nous critiquer une nouvelle structure qui reprenne exactement le passé puisqu’elle serait identique ? En effet, l’architecture contemporaine, et notamment les interventions dans des milieux imprégnés d’histoire, sont difficiles à accepter puisque l’idée est qu’elles remettent en cause tout ce qui a été fait dans le passé, et ceci est bien évident dans les trois œuvres architecturales que nous sommes en train d’analyser.
La pyramide du Louvre, bien que dès le début elle a été acceptée et connu un grand succès, a été contestée par son caractère de rupture vis-à-vis de l’histoire et des bâtiments déjà existants. Les personnes critiquent la juxtaposition de différents styles appartenant à différentes époques, même si ceux qui l’apprécient sont tout aussi nombreux. L’idée qui apparaît souvent est que cette pyramide contemporaine a anéanti la valeur historique du lieu, et ceci notamment en coupant l’axe principal de la zone qui part de la cour Napoléon à l’Arc de Triomphe de l’Etoile.
Pour ce qui concerne l’Ara Pacis, les critiques ont été toutes aussi vives puisqu’une structure contemporaine a été construite dans le centre de la Ville Eternelle, la plus historique des villes. Quelques uns la comparent à un hôtel ultramoderne et à une gigantesque station de service, d’autres pensent que cette œuvre devrait plutôt être construite en banlieue et pas au centre d’une ville si historique qui possède de très nombreux bâtiments très complexes d’un point de vue architectonique.
La coupole du Reichstag, de son coté, a peut-être suscité moins de débats puisqu’elle elle a été construite dans une ville en reconstruction, autrement dit elle est contemporaine comme le sont d’autres bâtiments de la ville. Peut-être qu’elle est même appréciée par la quasi-totalité des habitants de Berlin puisqu’elle est la marque d’une rupture avec l’histoire, elle représente le renouveau de la ville qui laisse derrière elle les difficultés de la II Guerre Mondiale. Cependant, le net contraste avec l’architecture ancienne du bâtiment pourrait susciter des polémiques puisque cette juxtaposition de styles peut ne pas être appréciée, les arguments étant les mêmes que ceux concernant la pyramide du Louvre et la nouvelle Ara Pacis.

La volonté d’intégrer l’architecture contemporaine à l’ancien

Nous avons vu précédemment que de nombreux aspects dans les constructions contemporaines s’opposent nettement à l’environnement historique et culturel qui existait déjà. Pourtant, les architectes doivent tout de même tenir compte que les interventions dans ces sites anciens ne peuvent être effectuées sans aucun souci de l’entourage. Nous pouvons alors considérer qu’une certaine harmonie s’instaure entre les nouveaux bâtiments et le reste de la ville, que les structures contemporaines s’intègrent à l’antique sans le remettre en cause. Ces nouvelles constructions ont pour but de s’adapter à quelque chose qui existe déjà, en se souciant des thèmes, des couleurs, de la valeur de chaque bâtiment qui l’entoure. En effet, lors d’une étude plus approfondie, nous pouvons bien noter cette recherche d’intégration optimale, d’une part pour que la zone s’inscrive dans une continuité architecturale et respecte l’évolution des styles, et d’autre part pour qu’elle soit appréciée par de nombreuses personnes, notamment par le fait que ces structures se trouvent souvent au centre de villes historiques. Il reste le fait que l’architecture contemporaine est bien cette architecture qui recherche une continuité par rapport au passé et qui se détache de celle moderne, entièrement innovatrice.

Approche historique

Les trois oeuvres que nous sommes en train d’étudier ont été crées après de nombreuses études qui renvoyaient à rechercher la structure qui pouvait le mieux s’intégrer à ce qui existait déjà. Ainsi, nous allons nous consacrer à analyser la mise en place de ces structures contemporaines afin de montrer qu’un véritable travail de réflexion de la part des architectes a été effectué pour que ces nouveaux bâtiments intègrent harmonieusement la substance historique. D’ailleurs, ces oeuvres architecturales ne sont que des « ajouts » à des oeuvres déjà existantes : le souci est majeur.
Dans le cas de la pyramide du Louvre, plusieurs possibilités afin de marquer la nouvelle entrée principale du Louvre s’offraient. La première aurait été de démolir les architectures environnantes pour que le nouvel aménagement puisse être totalement intégré dans son milieu, mais cette idée a tout de suite été refusée dans la mesure où la démolition d’une architecture si historique et caractéristique de Paris ne pouvait être acceptée. Ainsi, un premier signe de vouloir maintenir les bâtiments historiques en cherchant une adaptation de la future construction se manifeste. Ensuite, la deuxième solution aurait été celle de mettre tout dans le sous-sol afin de ne laisser aucun élément visible en surface, mais cette idée a aussi été abandonnée puisque l’orientation des visiteurs aurait était difficile et il y aurait eu des problèmes techniques, surtout le fait que le lieu aurait été peut lumineux. La solution qui fut adoptée est la troisième, celle qui prévoyait la construction en élévation d’une structure permettant plus d’espace ainsi qu’une abondante lumière naturelle dans le nouveau hall. Ainsi avaient été proposées trois formes géométriques simples envisageables dont la pyramide a été le choix final. Cette forme avait l’avantage de s’intégrer avec n’importe quel espace puisqu’elle occupait un volume réduit par rapport aux deux autres formes, un cube ou un globe. D’ailleurs, l’idée de construire une pyramide au centre de la cour Napoléon était ancienne, elle datait de 1809 lorsque l’idée avait été exposée dans un petit fascicule où il y avait écrit que cette forme aurait été un monument national de reconnaissance à l’Empereur. Ainsi, nous voyons bien que la recherche d’une forme soucieuse du passé a été effectuée et que l’idée d’une pyramide était ancienne, et que l’architecte Pei a ainsi « répondu » en quelque sorte à des projets existant depuis longtemps.
En ce qui concerne la nouvelle structure qui englobe l’Ara Pacis, celle-ci a été construite afin de conserver l’oeuvre qui se trouve aujourd’hui à l’intérieur et qui appartient à l’époque antique. Ainsi nous retrouvons déjà une volonté de préserver ce qui existe déjà et de construire peut-être quelque chose uniquement dans ce but. De plus, le lien avec la substance historique et l’idée de renouveau sont bien visibles dans la mise en place de cet nouvel aménagement et dans le remplacement de celui précédent. En effet, en 1937 le pavillon construit par Morpurgo n’avait aucun souci à l’égard de l’autel de l’Ara Pacis, ne tenait pas en compte la défense de cette oeuvre historique, comme c’était le cas pour de nombreuses oeuvres architecturales à cette époque. Ainsi, le projet de Meier en 1995 visait à la construction de ce pavillon qui aurait conservé en son intérieur l’autel et en cherchant ainsi un lien durable avec le passé, avec les travaux passés.
La coupole du Reichstag a été construite surtout pour substituer celle ancienne, qui avait été détruite et qui avait laissé un vide sur le toit du bâtiment. Ainsi, l’idée dans la mise en place de cette coupole est la rénovation du bâtiment mais toujours en rapport avec l’histoire. Déjà le fait qu’elle vient remplacer le manque d’une coupole ancienne nous montre qu’il y a une volonté de reconstituer quelque chose qui avait déjà existé, même si d’une manière contemporaine. De même, la construction de cette coupole est allée de pair avec la modernisation de tout le bâtiment du Reichstag afin d’accueillir le nouveau parlement allemand, le Bundestag. Même ici nous voyons le rapport avec la politique et en quelque sorte avec l’histoire dans la mesure où ces modernisations et la construction de la coupole ont été effectuées pour un meilleur fonctionnement de l’ensemble du bâtiment. De plus, la transparence de la coupole veut exprimer la transparence du gouvernement allemand après la période du nazisme. Cette œuvre de Meier a donc aussi cette fonction politique.

La valorisation technique du passé

L’architecture contemporaine, soucieuse du passé, adopte d’un coté des techniques innovantes afin d’affronter les nouveaux enjeux, mais d’autre coté reprend des éléments utilisés dans l’architecture ancienne. A partir des années soixante de nombreuses construction adoptent ces éléments, comme par exemple c’est le cas de « Piazza d’Italia » de Moore, oeuvre qui reprend un style architectural italien en introduisant notamment des statues, du marbre, signe d’une certaine continuité avec ce qui avait été une période de l’architecture antique.
a) Les matériaux
Dans ces trois structures contemporaines nous pouvons retrouver l’utilisation de matériaux qui ont permis de les intégrer dans la substance historique sans qu’un détachement net entre moderne et ancien soit visible. Quelquefois les architectes reprennent même les matériaux caractéristiques des autres époques, comme la pierre, le marbre. Ainsi en découle une certaine harmonie qui permet d’inscrire ces bâtiments technologiques dans un contexte culturel ancien, millénaire dans quelques cas. Comme vu précédemment, ce qui lie la pyramide du Louvre, l’Ara Pacis et la coupole du Reichstag est l’utilisation du verre, matériau adopté qu’à partir du XXème siècle mais qui a la particularité d’être transparent. En effet, c’est bien cette transparence qui permet une meilleure intégration de la nouvelle structure puisque ses parois ne constituent pas une barrière nette, mais représentent une séparation permettant de concilier harmonieusement intérieur et extérieur. Nous avons donc cette idée de continuité, cette impression que contemporain et ancien soient mélangés, qu’il y ai toujours de l’histoire dans une structure contemporaine.
Les matériaux adoptés pour la pyramide du Louvre intègrent bien ce nouveau monument dans son milieu. En effet, l’utilisation du verre dans ce cas permet la diffusion à l’intérieur du nouveau hall de la lumière naturelle mais permet de même cette transparence qui conjugue passé et moderne, surtout par le fait que de l’intérieur nous pouvons observer l’extérieur, c’est-à-dire tous les bâtiments qui datent de la Renaissance. Ainsi, de l’intérieur, nous pouvons avoir l’impression de nous retrouver encore aujourd’hui dans une ville dont l’architecture est ancienne, sans vraiment considérer le nouveau contraste qui est évident par l’utilisation des nouveaux matériaux. Il y a quelque chose de discret dans la transparence du verre qui permet à la nouvelle structure de s’intégrer sans pourtant s’imposer sur l’antique et remettre en cause l’héritage historique.
Vue de l’intérieur, la pyramide laisse admirer pleinement ses qualités de transparence et la façade Richelieu aide le visiteur à se repérer depuis le nouveau hall d’accueil.
L’Ara Pacis adopte elle aussi le verre par sa qualité de transparence qui permet une bonne intégration dans un milieu très historique. Ainsi, même si ce nouveau musée crée une barrière « matérielle » entre l’autel de l’Ara Pacis et le Tibre ou entre l’œuvre intérieure et la place Augusto Imperatore, il le fait discrètement dans la mesure où le verre anéantit visiblement ce détachement en conciliant intérieur et extérieur. Du fleuve, nous pouvons voir à l’intérieur de l’Ara Pacis, et de l’intérieur, nous pouvons observer le fleuve. Une autre particularité matérielle de cette nouvelle construction est l’utilisation du marbre travertin comme élément de continuité de couleur, et qui d’ailleurs est le même que celui utilisé pour la réalisation de la place, dans les périodes passées. Une volonté de concilier contemporain et ancien est donc présente et les caractéristiques de certain matériaux adoptés par Meier permettent une meilleure fusion de l’Ara Pacis dans le milieu millénaire romain.
La nouvelle structure qui est transparente laisse observer l’intérieur de l’Ara Pacis de l’extérieur.
Pour ce qui concerne la coupole toute en verre et acier de Norman Foster, nous retrouvons même ici cette particularité de la transparence. Bien que cette œuvre architecturale se trouve sur le toit du bâtiment du parlement et donc qu’elle soit plus cachée que les autres œuvres, une volonté de concilier le contemporain de la structure avec son milieu est visible. Tout d’abord nous devons encore une fois considérer que la ville de Berlin est toute en reconstruction car détruite pendant la guerre et que les nouveaux bâtiments contemporains sont tout à fait en harmonie avec la coupole. Cependant, en considérant les aspects anciens de la ville, les bâtiments qui encore aujourd’hui sont restés, la transparence du verre permet depuis l’intérieur de la coupole d’observer le panorama de la ville, et ainsi nous avons cette idée de continuité, volonté de faire observer la ville d’en haut, les monuments anciens.
La transparence de la coupole lasse entrevoir depuis le toit du bâtiment la ville de Berlin.
b) Les formes
La continuité par rapport au passé et la bonne intégration de ces nouvelles structures se trouvent aussi dans la forme adoptée pour celles-ci. En effet, si d’une part ces formes nous renvoient à celles qui existent depuis longtemps, elles s’intègrent aussi par le fait qu’elles sont simples et ne brisent pas l’équilibre historique du site dans lequel elles ont été placées.
La pyramide du Louvre a bien la forme exacte d’une pyramide, d’autant plus qu’elle a les mêmes proportions de celle de Gizeh, signe d’un rapprochement avec l’histoire, notamment celle égyptienne dans ce cas. D’ailleurs, la pyramide est une forme simple qui s’intègre bien dans un milieu, surtout par le fait qu’elle n’occupe pas une place considérable dans la cour Napoléon et ne représente donc pas un contraste avec les bâtiments de l’entourage. Elle ne s’impose point sur l’ancien, et au contraire, c’est la métaphore du musée, c’est-à-dire ce qui conserve et immortalise.
La nouvelle structure englobant l’Ara Pacis, de Richard Meier, a souvent été assimilée à une cage, mais cette dernière est transparente donc n’est pas un élément de rupture. La nouvelle œuvre est constituée de formes simples, nettes, tout à fait linéaires, et se compose de zones découvertes, d’autres fermées et d’autres fermées mais qui laissent passer la lumière. De plus, la présence d’un escalier intègre ce monument avec son entourage ancien dans la mesure où il lie la nouvelle construction aux églises néo-classiques qui se trouvent devant et il présente deux éléments ornementaux qui le rattachent au passé, c’est-à-dire une fontaine qui est le souvenir du Porto de Ripetta auparavant situé dans cette zone, et une colonne qui mesure à partir de l’Ara Pacis la même distance qui la séparait de l’obélisque de la grande méridienne. Nous pouvons donc retrouver quelques éléments, quelques ornementations qui lient la construction au passé, contrairement à l’architecture moderne qui était privée d’ornementation. La volonté de sauvegarder le monument et être tolérant vis-à-vis du milieu urbain est bien visible dans la rénovation effectuée par l’architecte américain.
L’escalier, la fontaine et la colonne qui ont un rapport au passé sont visibles sur cette photo.
La coupole du Reichstag est elle aussi une forme reprise du passé puisqu’elle est venue substituer celle qui avait été détruite. En effet, cette idée de remplacer une structure ancienne par une plus moderne, mais dont la forme s’inspire nettement de celle précédente, est signe de continuité, de rénovation par rapport au passé. D’ailleurs, la coupole est une forme adoptée depuis longtemps pour la construction des églises, pour les monuments surtout religieux. De plus, il s’agit d’une forme simple et régulière qui ne cherche donc pas à s’imposer sur les autres bâtiments.

Conclusion

Ces trois exemples de l’architecture contemporaine sont un bon exemple pour déterminer quel est le rapport entre l’architecture d’aujourd’hui et la substance historique. En effet, ces trois œuvres architecturales ayant toutes des caractéristiques communes comme les matériaux, les formes, les fins, la première idée est que l’architecture contemporaine s’oppose à l’antique dans la mesure où des nouvelles techniques sont mises en place pour des raisons esthétiques et pratiques. Pourtant l’Ara Pacis, la pyramide et la coupole ont été construites au centre de villes européennes historiques où il doit y avoir un souci vis-à-vis du passé, d’autant plus que les habitants sont très attachés à leur histoire et à tous les travaux entrepris auparavant. Nous trouvons donc ce souci dans ces trois œuvres, par l’utilisation de matériaux antiques qui reprennent l’environnement architectural ancien, comme le marbre par exemple ou le verre qui permet une transparence, par les formes adoptées, par leur position centrale.
Cette problématique peut s’attribuer à tout bâtiment contemporain dans la mesure où aujourd’hui il ne s’agit plus d’introduire des nouveautés en contraste avec ce qui a déjà été fait, mais au contraire essayer d’intégrer la nouvelle structure dans un milieu historique qui possède déjà de nombreuses caractéristiques architecturales. De même, les architectes ne doivent oublier que de nombreuses techniques doivent être modifiées dans la mesure où il y a eu une évolution de ces mêmes techniques dans le temps et que de nouveaux défis sont impérativement à affronter. Pour l’instant, notamment après avoir étudié ces trois œuvres, nous pouvons affirmer que l’architecture contemporaine vise à être le plus respectueuse possible envers la nature, et que désormais le développement durable est devenu une question prioritaire. L’architecture contemporaine est respectueuse de son environnement, de son entourage historique et culturel.