compte-rendu de la table ronde par Roberto et Sebastiano
Cette conférence, jugée très importante par les organisateurs et les participants, a vu la rencontre des plus grands protagonistes du mouvement artistique italien de l’Arte Povera, comme Michelangelo Pistoletto ou Germano Celant et des représentants du teatro povero – entre autre les amis de Grotowski, inventeur du mouvement.
La conférence s’est tenue à la Villa Médicis, qui accueille depuis maintenant trois siècles le siège l’Académie de Française des beaux arts en Italie.
Nous étions tous dans le « grand salon » du palais, une salle très grande ornée avec des anciennes tapisseries représentant des scènes tirées des anciennes colonies françaises, avec des paysages exotiques et des animaux sauvages très suggestifs. Les participants sont très nombreux, et la salle se remplit dès son ouverture. Voici que rentrent les artistes et certains grands critiques, tous connus pour le rôle qu’ils ont joué dans les années 60 dans le cadre du mouvement de l’Arte Povera et du Teatro Povero. On reconnaît tout de suite Michelangelo Pistoletto, l’un des plus grands représentants du mouvement, l’auteur de « La Venus aux chiffons », mais aussi de grands noms comme Germano Celant (premier collaborateur de Pistoletto et critique renommé), Ludwig Flaszen (associé du maitre du Théatre Povero polonais Grotowski), Ferdinando Taviani et M. Ruffini, deux autres grands critiques d art.
Le dialogue s’ouvre avec la présentation des grands artistes, et Mme Mammi, responsable de la conférence, interroge dès le début les artistes et les critiques sur la vraie signification du concept de « pauvre », et pourquoi tout le mouvement a été appelé ainsi.
Pour Celant, inventeur de cet adjectif qui est ensuite devenu le nom du mouvement, le mot « pauvre » venait du fait que pour la première fois dans l’histoire, les artistes étaient issus du milieu ouvrier (ce qui représentait une révolution à l’époque), mais aussi du fait que tout type de matériaux usés était d’origine « humble », car il y avait la négation chez les artistes du mouvement d’utiliser des matériaux qui connotaient l’idée de richesse et d’opulence (comme le marbre ou l’or). Cependant Celant, ajoute que cette définition est très ouverte, ce qui implique une recherche de sa signification dans chacune des œuvres, car « chaque œuvre est unique, et c’est en l’observant attentivement que l’on comprend pourquoi on utilise le terme pauvre ». Il insiste aussi sur l’attention que le mouvement de l’art pauvre a porté à l’insignifiant.
Intervient alors Ludwig Flaszen, collaborateur et ami du grand artiste polonais Grotowski, fondateur du Théâtre Pauvre polonais. A notre avis, même si son discours est un peu confus, (l’artiste s’est exprimé en italien avec un peu de difficultés), Laszen réussit avec une phrase très belle à bien définir ce que pour lui représente le Théâtre Pauvre : « Comme Michelangelo Buonarroti enlevait peu à peu ses blocs de marbre pour créer ses chefs d’œuvres, ainsi faisait mon vieil ami Grotowski, enlevant toute partie inutile du théâtre (faisant référence au maquillage, au scénario, et à toute autre intervention des beaux arts), ajoutant des détails en enlevant, enrichissant la scène à travers le pauvre ». Flaszen nous explique comment le terme pauvre l’avait touché dans les années 50, après avoir lu un article qui parlait de l’église catholique romaine. Cet article lu par hasard, expliquait en effet que l’église avait deux manières différentes de gouverner : par la violence (avec l’inquisition) et par la douceur (conversions). Ces deux manières de gouverner, lui rappelaient d’un coté la richesse, avec tous les moyens mis en œuvre pour créer des tribunaux et pour torturer les personnes, et d’un autre coté la simplicité et la pauvreté des moyens pour gouverner. Une autre anecdote qui nous explique bien comment ce mouvement s’est crée et dans quelles conditions, sachant cependant que les artistes italiens étaient totalement laïques. Flaszen conclut son discours en nous rappelant que tout artiste du mouvement n’avait pas une logique d’enrichissement, tous les artistes « vivaient pour vivre », ce qui pourrait nous faire penser au plus pauvre des pauvres, San Francesco d’Assisi.
Selon les différents auteurs donc, le terme pauvre pouvait dériver de plusieurs choses, sachant que comme l’a revendiqué Pistoletto dans l’une de ses interventions, le mouvement de l’Art Pauvre était né avec un grand objectif social, et qui donc revendiquait plus d’égalité entre les hommes.
Ruffini aussi intervient sur ce sujet, affirmant d’une part qu’il faut distinguer les vrais opposés que sont misère et pauvreté, d’autre part que, à travers la recherche d’une pauvreté matérielle concrète, on arrive à la richesse ( qui ne s’oppose plus à la pauvreté) c’est-à-dire à un enrichissement d’esprit unique, que personne ne peut concevoir réellement.
Enfin Celant apporte une précision sur le mouvement plastique italien. Pour l’arte povera la vraie révolution n’est pas d’enlever mais de porter attention sur ce qui n’a pas de valeur et de mettre en évidence la fin de toute représentation, la fin du narratif.
Après certaines interventions malheureuses du public, la conférence se termine avec un court débat sur l’œuvre de Pistoletto à la dernière Biennale de Venise, c’est à dire la salle avec les miroirs brisés, que nous sommes, entre autres choses, allés voir cette année, toujours avec la classe d’histoire des arts très active et très curieuse de connaître de nouveaux points de vue.