mardi 28 mai 2013

LEONIE YOUNG ET MATHILDE LAVENNE EN RESIDENCE A L’ATELIER WICAR

 par Fiona C. et Clémence C.

les élèves de terminale L ont reçu les deux jeunes artistes de la ville de Lille mardi 28 mai 2013

Le Lycée Chateaubriand a eu l’honneur d’accueillir, le 28 mai 2013, deux jeunes artistes plasticiennes de la ville de Lille, Léonie Young et Mathilde Lavenne, artistes pluridisciplinaires qui utilisent en effet plusieurs média pour réaliser leurs œuvres : la photographie, le dessin, l’enregistrement vidéo et l’installation.
Ces jeunes artistes primées pour la résidence Wicar, se sont rendues à Rome pour une durée de trois mois dans l’optique de réaliser un projet commun. Celui-ci sera produit à travers l’expérimentation et le travail sur le territoire de la ’’ville musée’’.
Afin de mieux comprendre leur dynamique, les deux artistes nous ont expliqué leur parcours et leur démarche personnelle.
Mathilde Lavenne a eu son diplôme aux Beaux Arts et obtenu un post diplôme, une spécialisation à Strasbourg, où elle a appris les techniques concernant les matériaux (verre, métal..). En 2010 elle a vécu sa première expérience en résidence, où elle a suivi un projet européen de financement : « Landscape City People ». Pour elle, il s’agit d’une première opportunité : le projet," Spaghetti Western", lui a permis de mettre en valeur un travail fortement lié au territoire euro-région.
En nous parlant de ce projet, la jeune artiste dit : "Un acte créatif peut devenir une œuvre". Voici l’une des œuvres présente dans la série ’Spaghetti Western" :
spaghetti western

Mathilde commente son oeuvre : " Intervention sur structure urbaine. Un acte créatif qui part d’une mise en scène ; d’une construction mentale de l’espace par l’artiste.’’
Un an plus tard, Mathilde Lavenne a créé une installation, une structure en verre qu’elle a nommée "Nous sommes tous des dévoreurs de lumière" : liée à l’idée sur le rapport entre l’homme et la nature, la jeune artiste nous explique brièvement son choix : la lumière est pour elle l’élément essentiel pour la création, mais il s’agit aussi d’une condition nécessaire rendant la vie possible. Ce projet s’est aussi présenté comme une possibilité pour Mathilde Lavenne d’intégrer des questions scientifiques (l’installation se veut un prisme dont les couleurs représentent le cercle chromatique).
En 2012, Mathilde Lavenne s’est rendue à Bruxelles afin de créer un nouveau projet à l’Atelier Graphoui. Le projet final "Out of Space" est réalisé à l’aide d’une équipe d’animateurs sous forme de court métrage, un court métrage produit à l’ancienne, traditionnellement, c’est à dire par une succession de dessins sur papier, bien que ceux ci aient ensuite été numérisés : l’artiste nous fait donc part d’un travail sur le visuel, auquel elle a intégré pour la première fois les technologies nouvelles.
Léonie Young, quant à elle, dans son propre parcours d’artiste, a choisi de se focaliser sur le paysage, notamment urbain. Il s’agit d’ interpréter de nouvelles visions sur le paysage en portant une attention toute particulière au détail : ainsi, face au monumental de la ville, Léonie Young s’intéresse aux objets plus inattendus, qui passent inaperçus. Comme elle le souligne elle même, son travail consiste à "mettre en valeur l’ordinaire plutôt que le spectaculaire".
En 2008, Léonie Young a réalisé une de ses premières séries qu’elle a nommé "Le terrain du jeu quotidien", en voici une photographie :
La jeune artiste nous dévoile son approche du territoire. Dans ses travaux, elle porte un regard sur l’habitat et la rue, nous expliquant que celle-ci est la création d’un lieu de passage, donnant naissance à des installations hasardeuses, à partir d’objets du quotidien. Elle souhaite en outre montrer par son travail la frontière entre les lieux publics et les lieux privés et s’interroge sur le hasard et la mise en scène de ses photographies.
Un an plus tard, en 2009, Léonie Young met en place au Québec, avec la collaboration de Laurence Cathala un espace d’exposition. Il s’agit en fait d’un espace inaccessible physiquement au spectateur, qui ne peut que voir, par une vitrine, un vidéo montrant l’arrivée et le départ d’un navire dans un port, accompagné de feux d’artifices, qui peuvent aussi être interprétés comme des feux de détresse.
Toujours au Québec L. Young entreprend de nouvelles photographies, dont la suivante :
Cette image fait partie d’une série nommée " Burn Out", photographies prises lors d’une course de voitures. Elle intègre dans ces photos son intérêt pour l’annexe et pour le périphérique, une esthétique de l’instant fort et décisif, juxtaposé aux moments d’ennui, d’attente lors d’une course de voitures.
Enfin, le projet commun à ces deux artistes, dont le travail est différent, mais la façon de procéder est très semblable (prélèvements, reconstruction d’objet et rapport au territoire travaillé) se déroule sur trois mois à Rome. Les deux jeunes femmes se sont lancées dans un processus de recherche fondé sur l’exploration de la ville patrimoine, à Rome mais surtout à la périphérie. Cette exploration consiste à découvrir ce qui constitue la ville, en particulier grâce aux prélèvements des matériaux comme le travertin qu’elles ont trouvé à Tivoli ou le marbre de Carrara. Il s’agira d’une installation réalisée à partir d’un travail d’archéologie matérielle et symbolique dont on a pu voir quelques ébauches. C’est avec enthousiasme que les artistes définissent Rome comme étant "une ville œuvre, une sculpture en elle même".
Leur exposition "Made of Dust" se tiendra à Rome en novembre prochain. Nous attendons impatiemment cette date afin de découvrir le résultat final du travail de ces jeunes artistes talentueuses, qui au delà du spectaculaire, recherchent un rapport simple au paysage naturel et urbain.
Mathide et Léonie au Lycée.

jeudi 20 septembre 2012

Mirifique

un projet video-voix d’Anais Delmoitiez et Justine Pluvinage

Deux jeunes lauréates lilloises en résidence à l’atelier Wicar, Anais Delmoitiez et Justine Pluvinage, sont venues le Jeudi 20 Septembre, en toute simplicité et dynamisme, nous présenter leur projet commun : Mirifique.
Ayant exploité leurs divers formations artistiques – l’une étant vidéaste, l’autre comédienne- ces deux artistes ont créé un projet vidéo-voix superposant une banque d’images prises à Rome lors de leur résidence et des récits de rêves… un résultat authentique, complexe et singulier.
La recherche de la contraction entre Minable et Magnifique dans le titre de l’œuvre détermine très bien l’effet recherché sur le spectateur : de l’étonnement. Un poétique mélange entre le beau, l’affreux, la sensibilité et le "terre à terre".
« Nous avons essayé de repousser l’art du beau, de l’ordre et de l’esthétique » nous a effectivement affirmé l’une d’entre elles. « Ce n’est pas parce qu’on est douce qu’on est niaise » a dit l’artiste. Cette phrase significative est sans doute l’explication de cette alliance mirifique.
L’œuvre a fait l’unanimité de la terminale histoire des arts ce jour-là : « Mirifique m’a beaucoup touché » s’est enthousiasmé une élève. Nous espérons qu’il en sera de même lors de l’installation du projet à Lille.
Encore un grand merci pour cette intervention.
Isabelle P.

vendredi 21 janvier 2011

Rencontre avec Daniel Uytterhaeghe

par Sophie-Lou

Les élèves de terminale de l’option histoire des arts sont allés à l’atelier Wicar pour rencontrer Daniel Uytterhaeghe, peintre plasticien.

Nous sommes vendredi 18 décembre, à deux pas de la place du Peuple, dessinée par l’architecte Valadier. les élèves du cours d’Histoire des Arts vont franchir, pour la première fois, le seuil de l’atelier Wicar.
Daniel Uttyerhaeghe, Duytter de son nom d’artiste, et son épouse nous accueillent très chaleureusement et nous accompagnent à la découverte des coulisses d‘un peintre. Parmi les élèves, beaucoup vont etre saisis de plein fouet par la beauté de l’espace artistique : Une grande salle lumineuse aux plafonds infiniment hauts, avec comme seul mobilier un canapé d’où on peut voir une longue table recouverte de pinceaux,couleurs et divers objets. Les murs sont recouverts de quelques tableaux évoquant des fragments de la Ville Eternelle sous la pluie.
Les élèves concentrés et silencieux, observent tout ce qui les entoure. Ce n’est qu’ à quelques pas des tableaux exposés qu’ils réalisent , stupéfaits, que les photos qu’ils avaient cru voir de loin, sont en réalité des peintures. Le peintre qui a su tromper avec autant d’ habilité l’oeil des élèves n’est autre que Daniel Uytterhaeghe. Il vit dans l’atelier Wicar depuis deux mois mais devra bientôt mettre en terme à son séjour à Rome.
C’est ici qu ‘il peint ses toiles, dans la solitude et l’atmosphère si sereine de cet atelier. Il raconte qu’il découvre une nouvelle manière de travailler, étant pour la première fois seul et libre face à ses oeuvres. Daniel semble heureux de partager avec le groupe d’élèves son vécu et ses ressentis. Il nous parle de son parcours qu’il qualifie, humblement, d’ anodin , de sa passion pour les paysages urbains et pour le temps pluvieux qui lui rappelle sa ville d’origine : Lille.
Il révèle qu’il nourrissait dès son plus jeune age un intérêt pour la peinture et le dessin. Mais il s’est d’abord dirigé vers des études de graphisme puis a obtenu un diplôme de dessinateur maquettiste. Il a poursuivi ses études en faisant un BTS en création textile,où il a pu, souligne t-il, dessiner plus librement n’ayant plus les contraintes de précision que doit respecter un dessinateur maquettiste. C’est à ce moment là qu’il a développé ses talents de peintre.
Ce qu’il aime peindre, avant tout ce sont les villes. Elles symbolisent pour lui le passage de chaque homme sur la planète. "Tout monument, toute architecture, toute ruelle a sa propre histoire ", rappelle t-il. Les voitures, les bruits des klaxons, les odeurs, les jeux de lumières sur le sol mouillé. Tout a son importance. C’est en s’imprégnant pleinement dans l’atmosphère de la ville qu’il parvient à en capturer le caractère poétique. Ce qu’il préfère ce sont les ciels très lumineux le soir après la pluie. A ces instants, il retrouve son enfance et se laisse inspirer par le sentiment qu’il éprouve à la vue des scènes de vie quotidiennes. "Croiser des gens qui n’ont même pas de quoi remplir leur estomac, devrait interpeller quiconque "reproche t-il aux passants qui ne daignent même pas les regarder et poursuivre leur chemin, indifférents. "Le monde change, évolue et pas toujours en mieux" déplore t-il. Néanmoins Daniel essaie de transmettre à travers ses oeuvres toute la poésie qui se cache dans les divers paysages.
Il a voyagé dans de nombreux pays tels que : Les Etats-unis, l’Angleterre, la Russie, les Pays-bas, l’Inde sans oublier, bien sur, la France et l’Italie. C’est important pour lui de baigner dans l’ambiance de différents pays pour pouvoir, à travers la peinture, faire ressortir les couleurs, les contrastes , les expressions, propres à chaque culture, les éclats de lumière particulier en fonction de telle ou telle atmosphère. Il a beaucoup aimé la ville de New -York "pour sa richesse culturelle et humaine". Il apprécie le mélange des cultures "qui donne de la couleur à la vie."De fait, la première ville qu’il peint c’est New –York, en 1984 , alors il n’y est ecnore jamais allé.
Daniel a travaillé 21 ans en entreprise avant de se consacrer uniquement à la peinture. "L’ambiance de bureau, entre les chefs et les collègues, était telle que l’envie de créer n’était pas tous les jours au rendez-vous !" s’ exclame t-il avant de lancer "Plus jamais de ça " ! . Ce sont ses proches qui l’ont encouragé à suivre sa passion . Maintenant, il se dédie à temps plein à la peinture. "C’est mon yoga" constate t-il. La peinture lui apporte de nombreuses satisfactions. Lorsqu’il peint, il dit avoir la sensation de voyager avec elle. Il se sent libre. Il aime être seul dans son atelier et peindre au rythme du rock métal. Au fil du temps, il voit son style évoluer. Daniel a exposé en 2007 pour la première fois dans une galerie Lilloise , la galerie Raison d’Art, et en un an seulement 40 de ses tableaux ont été achetés. Depuis il s’est rendu à New-York,ville qu’il avait déjà l’impression de connaitre, et dont il reçoit beaucoup de commandes, "mais je la peint toujours avec autant de plaisir" insiste t-il.
Daniel cherche à figer le moment présent et à apporter un témoignage de l’état de notre société aux générations futures, "à la manière d’un photographe". En effet, Daniel travaille à partir de photos, prises par lui même, qu’il retouche ensuite à l’aide d’un logiciel afin d’obtenir certains jeux de contrastes et de reflets qui donnent une plus grande force à la réalité qu’il veut représenter. Ce n’est que dans un second temps qu’il entame le travail sur la toile. Il commence par peindre en noir et blanc pour mieux rendre compte des points d’ombre et des profondeurs sans que la couleur n’influence sa vision. Ce n’est qu’à la suite de ce long travail préparatoire qu’il enivre son tableau de couleurs.
Daniel a de nombreux projets. Il souhaiterait retourner à New-York, puis découvrir Montréal au Québec pour s’impreigner d’une nouvelle atmosphère, source de ces inspirations. Parallèlement, il prévoit d’exposer ses oeuvres dans la galerie lilloise, Raison d’Art, sur le thème du « Noir et blanc " à partir du 20 Janvier 2011. Il exposera ensuite, au mois de mars, avec quelques autres artistes dans une galerie du boulevard Haussmann à Paris. Daniel nourrit l’espoir de partager son amour pour la peinture avec les spectateurs , ne serait-ce que les faire réagir.

jeudi 16 décembre 2010

Les vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati

par Angèle, terminale ES.

séance cinéma à la Villa medicis

Le mardi 16 novembre les élèves de première et terminale suivant l’option Histoire de l’Art ainsi qu’un groupe de lycéens italiens de Cinecittà ont eu l’honneur d’être invités à une projection de la version restaurée du film de Tati Les Vacances de Monsieur Hulot à la Villa Medici, suivie d’un débat sur la séance.
Véritable icône du cinéma burlesque français, Jacques Tati a su révolutionner le genre par son style perfectionniste, ses gags subtils et sa technique. Avec six films et trois courts-métrages, Jacques Tati s’est imposé comme l’un des réalisateurs les plus originaux du genre comico-burlesque. Cinéaste, metteur en scène et acteur, Tati est parvenu à donner vie à un univers dynamique et singulier, et l’unité de son œuvre lui a réservé la place d’honneur dans le panorama cinématographique international. Soixante ans après la projection de son premier film, la Villa Medici propose dans le cadre de son festival du film restauré de redécouvrir ses chefs d’œuvres. Fruit d’un travail méticuleux, la restauration des Vacances de Monsieur Hulot a été menée à bien par la Fondation Groupama Gan pour le Cinéma et Les Films de Mon Oncle ainsi que par la Fondation Technicolor et la Cinémathèque française.
Dans le somptueux cadre de la Villa Medici, nous nous installons dans la salle ’’Michel Piccoli’’ pour assister à la séance. Nous sommes chaleureusement accueillis par Le directeur de la Villa, Monsieur Eric de Chassey qui nous parle de l’importance de la diffusion de la culture de génération en génération afin que des chef-d’oeuvres tels que ceux de Tati ne soient pas oubliés.
Nous assistons ensuite à une petite présentation de l’intervenant Monsieur Simone Moraldi qui structurera ensuite le débat. Il nous apprend que si le film est sorti dans les salles françaises le 25 février 1953, Tati a retravaillé sans cesse son film et procèdé à plusieurs montages, en 1962 puis en 1978. Par exemple, après avoir vu Les dents de la Mer de Steven Spielberg, Jacques Tati a décidé en 1978 de tourner de nouveau quelques séquences pour changer la fin de la scène du canoë qui devient un clin d’ oeil, une parodie. Hulot prend le large dans un canoë, mais celui-ci se brise en son milieu et se replie sur lui même en engloutissant son passager. Les deux parties de la coque ainsi rapprochées semblent esquisser les mâchoires d’un requin, ce qui créé une panique généralisée parmi les plagistes.
Monsieur Moraldi nous parle ensuite de la restauration du film. « Le son était écrasé, les images ternies... Le travail de restauration a permis de rendre au film toutes ses nuances, la beauté de ses gris, la complexité de ses sons. On voit et on entend plus de choses. Tati lui-même n’a jamais vu son film comme ça ! », avait dit Jérôme Deschamps, cousin par alliance de Tati et cofondateur des Films de mon oncle. Jamais vu mais longtemps rêvé : cette version restaurée des Vacances de Monsieur Hulot respecte le tout dernier montage image et son voulu par le cinéaste, c’est à dire celui de 1978. La présentation s’arrête là, il ne veut pas trop nous en dire sur le film pour ne pas influencer notre lecture et pour laisser place à nos impressions spontanées sur lesquelles nous reviendrons une fois la séance visionnée.
Monsieur Hulot part en Bretagne pour les vacances, maladroit, il n’arrêtera pas de troubler le calme des touristes avec ses gaucheries gaies. En canoë, à cheval, en plage, sur le champ de tennis, au restaurant de l’hôtel, dans un cimetière, ou pendant un pique-nique, Hulot multiplie les gags et les catastrophes. Ce film n’a pas vraiment de continuité, il semble être une suite de sketches, de scènes sans réelle trame narrative. Nous assistons pendant 90 minutes aux vacances d’Hulot et à celles des autres vacanciers de l’Hôtel de la Plage. L’unique semblant de trame est celle d’une histoire d’amour attendue par le spectateur entre M. Hulot et une jeune touriste blonde, Martine. Mais à la fin du film, le spectateur reste sur sa fin, il ne se passera rien entre eux, même après la scène du bal pendant laquelle les deux personnages dansent une valse sous le regard attendri des vacanciers. Les Vacances de Monsieur Hulot est donc avant tout un film comique ou s’enchaînent les gags et les épisodes amusants. Le fondement du cinéma selon Tati : le travail du gag, la mise en scène, l’étude millimétrée du geste, le sens de l’équilibre et du déséquilibre, le jeu sur les hors champs, l’art de la chorégraphie ; c’est toute la subtilité des films de Tati. Monsieur Hulot permet au monde des humains et des objets de vivre, de bouger, de faire du bruit, et de dévoiler au spectateur les mouvements d’horlogerie qui régissent l’univers. Il nous présente un Hulot maladroit qui se définit par sa capacité innée à semer du désordre, à troubler gentiment l’ordre public. Hulot est hyper-actif, il a toujours l’air affairé même s’il marche le nez en l’air. C’est un rêveur, un éternel enfant dans un corps d’adulte. Il est caractérisé par sa démarche étrange, le buste penché en avant, son chapeau et sa pipe qui ne le quittent jamais. C’est aussi un personnage solitaire, il passe ses vacances seul, et c’est pour cela que le spectateur a envie de le voir avec Martine, car il nous est sympathique.
A l’image de celui qui la conduit, sa voiture, drôle de machine pétardant, joyeusement obsolète, est résolument décalée. La voiture de Monsieur Hulot est un grain de sable qui perturbe la mécanique huilée de la bonne société bourgeoise en partance pour la plage. Il est l’élément perturbateur, celui qui amène un peu de vie et de fantaisie sur le bord de mer autrement trop calme et triste. C’est sans doute pour cela que la vielle anglaise, une des pensionnaires de l’Hôtel de la Plage se prend de vive affection pour lui et décide de ne plus le quitter : il égaye ses vacances. Les vacances, il est fait pour ça, il en comprend les subtilités et surtout l’art de vivre. C’est un personnage lunaire et maladroit qui enchaîne gaffe sur gaffe, l’air de rien. Mais Hulot n’est pas un petit frère du Charlot de Chaplin. « Pour Tati, toute la différence entre Hulot et Charlot tenait dans la scène de l’enterrement, raconte Jérôme Deschamps. Hulot déboule par accident dans le cimetière, sa chambre à air échouée devant lui, sur un tapis de feuilles. Lorsqu’il la récupère finalement, la chambre à air, couverte de feuilles, ressemble à une couronne de fleurs. Si Chaplin avait écrit ce gag, c’est Charlot qui aurait lui-même collé les feuilles. Hulot incarne au contraire l’idée chère à Tati d’un comique naturel, celui de monsieur tout le monde et non pas du plus malin. » Hilarant sans le vouloir, Hulot est un personnage mélancolique, un être à la marge pour qui rien n’est jamais vraiment familier. Il nous renvoie à la figure l’étrangeté du monde et les bizarreries de la modernité. Jacques Tati disait : « C’est alors que j’ai eu l’idée de présenter monsieur Hulot, personnage d’une indépendance complète, d’un désintéressement absolu et dont l’étourderie, qui est son principal défaut, fait – à notre époque fonctionnelle – un inadapté. » Hulot va à contre-courant de la masse.
Il ressort aussi, qu’à l’image du cinéma de Tati, le film est davantage bruité que parlé, il y a très peu de dialogues, et ceux-ci sont parfois inaudibles et jouent plus le rôle de fond sonore que de répliques porteuses de sens. La mémoire ou la nostalgie du muet est palpable. La musique joue un rôle crucial. Elle n’est pas seulement une musique d’accompagnement, elle imprime profondément le rythme du film sur le mode de la ritournelle. Le thème du film est un air qui revient et qu’on n’oublie pas.
Ainsi, Les Vacances de Monsieur Hulot bien que daté, n’est pas démodé. Le personnage est attachant et ses aventures nous font sourire voire rire aux éclats. C’est sans aucun doute un incontournable du cinéma comique et être accueillis à la Villa Medici pour le visionner dans sa version restaurée fut un privilège et un plaisir. Un grand merci à Francesca Bolognesi qui a organisé cette séance.

jeudi 21 octobre 2010

Présentation de l’installation " Retransaltion" de Peter Welz

Une installation vidéo réalisée par P.Welz sur les mouvements du danseur W. Forsythe, à partir d’un tableau inachevé de Francis Bacon

Visite de l’installation présentée à la GNAM de Rome le 6 octobre, par Luisa T., terminale L.
L’installation " retranslation" du vidéaste Peter Welz met en scène dans le vaste espace blanc de la GNAM, trois écrans de très grande taille et le tableau de Bacon " unfinished portrait" qui représente un tableau inachevé dont on ne sait s’il s’agit d’un autoportait ou du portrait de son compagnon. Sur les écrans nous suivons les mouvements du chorégraphe William Forsythe. Cette installation a été exposée pour la première fois au Louvre en 2006.
Le tableau de Bacon est constitué de lignes et de cercles qui tracent des mouvements dans l’espace. Le visage est flou, tout semble en évolution.
En réponse, des deux côtés des écrans s’anime l’image de Forsythe qui danse avec des mines appliquées sur ses gants et souliers de telle sorte que les mouvements laissent une trace sur l’espace blanc. La caméra étant fixe, l’artiste se meut dans un espace délimité qui rappelle l’espace pictural, un espace à parcourir. Les trois écrans mettent en scène la même vidéo mais les points de vue sont différents : dans l’espace central par exemple, on voit, en plongée,Forsythe danser. Au fur et à mesure que le danseur se déplace, il trace des lignes sur la surface blanche qui rappellent les traits du tableau de Bacon.
La danse de Forsyhte n’a aucune grâce ; les gestes s’accompagnent de chutes. Le danseur est souvent à quatre pattes. Il n’y a pas de zoom sur le visage, l’identité est effacée comme dans de nombreuses oeuvres de Bacon. Les mouvements convulsifs, presque bestiaux rappellent l’idée de Bacon : " nous sommes des viandes vouées à la mort." De même, le cadre fixe dans lequel danse Forsythe rappelle l’espace du peintre où les figures sont souvent isolées, encadrées, limitées dans l’espace par l’oval en particulier.
Le thème de l’adaptation est capital ici ; s’effectue une transposition de la figure en mouvement. Il y a, en quelque sorte, une mise en abîme : une figure ( Forsythe) inscrit une figure ( celle de Bacon) dans un espace donné. Le titre de l’oeuvre prend sens, il s’agit bien d’une " retraduction". Les traces laissées par Forsythe deviennent une sorte de double du portrait de Bacon. Les arts se mêlent, danse, peinture, vidéo coexistent en une seule oeuvre. Tout cela est accompagné par des sonorités, les bruits du danseur, de ses chutes, le bruit des traces laissées sur la surface. On ne transpose pas seulement le pictural dans le mouvement - espace/temps- mais aussi dans un espace sonore.
Nous pouvons donc nous demander ici quelle est l’oeuvre d’art ? Est-ce le tableau de Bacon ? La danse ? Le résultat des traces ? La vidéo ? L’installation parcourue par le spectateur dont la perception varie selon les points de vue du visiteur ? C’est le propre d’une installation de mêler les différents arts et d’en appeler aux différents sens.

mardi 21 septembre 2010

Rencontre avec Carol Levy

par Sara L., terminale L

Les élèves de terminale de l’option HIDA ont rencontré un sculpteur de la ville de Lille en résidence à Rome.

Vendredi 17 septembre, les élèves de terminale de l’option histoire des arts reçoivent en cours l’artiste Carol Levy.
Carol Levy est sculpteur-plasticien depuis près de 20 ans, il a commencé son travail d’artiste en 1991. Depuis juillet 2010 il est en résidence à Rome, pour trois mois à l’atelier Wicar, atelier qui appartient à la ville de Lille.
Carol Levy commence par nous parler de ses voyages qui constituent la source d’inspiration principale de son travail : le Brésil, les rives du Mékong, les temples de Birmanie. De ses voyages il rapporte des photographies qui seront exploitées comme travail de recherche, tel un bloc note. Ce qui intéresse Carol Levy c’est la rencontre avec d’autres cultures, les correspondances qu’il découvre entre les cultures et les âges, le mélange de sacré et de profane. Ainsi, l’artiste est d’abord observateur, et se pose en tant que spectateur avant d’être créateur.
Il nous présente ensuite son travail de sculpteur. On note une évolution en particulier dans le matériau utilisé. On passe du carton, au plâtre, au bois et plus récemment au polyester. Les sculptures sont souvent des installations qui intègrent le mouvement mais aussi la lumière. Certains thèmes sont récurrents, le labyrinthe, l’animal et en particulier le cerf, Carol est passionné par la légende du cerf de Saint Eustache.
Durant la présentation, un élève demande "Lorsqu’un artiste atteint son objectif, est-ce une perte d’inspiration ?" Carol Levy répond pertinemment en disant que l’objectif d’un artiste ne sera sans doute jamais atteint, chaque création est une nouvelle étape. C’est en effet une sorte de jeu, les inspirations sont infinies, elles varient, c’est un cycle qui ne s’arrête jamais.
Carol Levy profite de l’été romain pour visiter et absorber toutes les richesses offertes par la ville éternelle. A Rome il est fasciné par la sculpture mais aussi par les strates historiques présentes dans la moindre architecture.
Après la rencontre en cours, Carol Levy accueille trois élèves de la classe dans son atelier. Le studio est spacieux, éclairé par la lumière naturelle du soleil, offrant à l’artiste un lieu de travail paisible et agréable. Là, il travaille à la création d’une nouvelle sculpture qui l’amène à se concentrer sur le mouvement, les formes, les articulations. Et cette sculpture est très largement inspirée de celles qu’il a pu voir à Rome.sculpture dans l'atelier 



















    Le 29  septembre Carol Levy repart en France, à Lille, où il continuera son métier de créateur, avec le désir, nous confie-t il de revenir un jour retravailler à Rome.
So

dimanche 21 mars 2010

Projection de "L’amour existe" de Maurice Pialat

par Léon, terminale L.

Mercredi 17 mars. Dans la petite salle de cinéma multicolore de la villa Médicis, où le moderne s’unit agréablement à une architecture ancienne, a été projeté le premier court métrage officiel de Maurice Pialat, réalisateur contemporain de la Nouvelle Vague française, qui a tardé à s’affirmer dans le panorama cinématographique de l’époque.
C’est cet aspect que souligne tout premièrement Cyril Neyrat, professeur à l’école de cinéma de Genève, qui a guidé notre vision de l’œuvre, et en a très bien mis en évidence la complexité, qui de loin fait sa valeur. Car ce documentaire parle d’une réalité qui existe, celle de la banlieue parisienne ; mais cette réalité existe avant tout dans le cœur du réalisateur. Ainsi à l’objectivité à laquelle renvoient les plans fixes, le réalisateur fait alterner sans cesse le travelling, qui traduit les mouvements émotionnels du regard de Pialat qui nous dévoile son univers intérieur aussi. C’est donc une vision subjective affective et intimiste des quartiers de son enfance, non exempte d’une forte contestation vis-à-vis de l’Etat, qu’il nous offre. Un univers dégradé et méprisable, éclairé de l’intérieur par les gens qui y vivent, y habitent, par la caméra de Pialat qui en évoque une dimension intime. C’est un univers certainement indigne d’être vécu, mais il est vécu, et même teinté de vie, de sentiments, de murs significatifs et épaissis par l’usure dans lesquels l’image semble plonger.
Car qui dit vécu, usure, dit passé. Et Pialat a une claire volonté de l’évoquer par la force des images et des objets, tant au niveau individuel que collectif, notamment avec une analogie constante entre la réalité marginale des banlieues et la seconde guerre mondiale ou plus particulièrement les camps de concentration. C’est en effet une situation inhumaine que le réalisateur dénonce, entretenue par l’aveuglement et la surdité de l’Etat parallèlement à une certaine fermeture, forme de protection des habitants intimidés, craintifs, non protégés. Ainsi, les pleurs muets d’un enfant seul, caché dans une cabane d’un bidonville, ou encore la dernière scène, qui porte le langage de l’image à son paroxysme en montrant la main triomphante de la sculpture sur l’arc de triomphe, visage du Paris noble et vertueux, et ensuite la même main qui par une autre prise de vue s’avère suppliante, expression de l’autre Paris. Il suffit d’un changement d’axe opéré par la caméra pour que la main de gloire devienne une main qui implore.
L’image rend compte poétiquement du sentiment du réalisateur, vis-à-vis de cet univers inhumain mais humanisé, inhabitable mais habité, invivable mais vécu, inexistant et ignoré mais réel, détestable, mais aimé.