Voyage à Venise des élèves de l’option histoire des arts et arts plastiques, octobre 2009
En entrant dans la première salle on traverse, souvent sans y faire attention, un rideau de perles rouges et blanches. C’est en réalité la fine et délicate façon que Felix Gonzale-Torres, artiste cubain mort du sida à 39 ans, a d’exorciser sa maladie, de rendre palpables les globules rouges et blancs de son sang.
Ensuite Rachel Whiteread, avec "one Hundred spaces" nous propose une installation de cent cubes en résine colorée, tous contenant des fonds de chaises. Elle parvient donc à renfermer les espaces vides inaperçus au quotidien qui font ici l’objet d’une oeuvre d’art et sont valorisés.
Mais l’installation la plus frappante est de loin le " fucking Hell" que Jake et Dinos Chapman ont achevé de reconstruire en 2008 après qu’un incendie avait détruit à Londres leur premier modèle. Ce sont cinq " crèches" disposées en croix gammée - ce qui n’est visible que du haut- en verre et qui contiennent un univers miniaturisé nazi, apocalyptique et démentiel.
Les SS prennent la forme de squelettes qui torturent, tuent des soldats ou des déportés. C’est un spectacle de corps en décomposition, de sang, de putréfaction. Chaque panneau se situe dans des localisations différentes : camp d’extermination, cave, église. Là, on peut voir par exemple un bébé Hitler qui se fait baptiser par un prêtre squelette. Hitler, présent quasiment dans tous les panneaux, est représenté dans un autre en train de peindre ludiquement une maison avec un soleil, à la manière d’un enfant, en position de peintre impressionniste devant un désastre de guerre, mutilations, violence.
L’oeuvre se distingue par son humour noire et sa démence : des soldats démembrés, des squelettes armés sont sculptés au milieu d’orgies originelles stupéfiantes ; des accumulations de corps nus en forme d’étoile de David, des soldats qui émergent du derrière d’une vache. Mais c’est le panneau central qui nous offre le spectacle le plus curieux : une sorte d’usine de démembrement de cadavres que des squelettes entretiennent vêtus de masques anti gaz. A l’intérieur, au sommet des machines, se trouve la marque Mc donald’s gravée distinctement sur la paroi.
Les clés de lecture sont multiples et l’oeuvre est complexe. Et que l’on soit stupéfait, indigné, émerveillé on ne peut qu’admirer l’imagination sans limite des frère Chapman, l’effort et le travail obsessionnel et méticuleux.
C’est ainsi que la Punta della Dogana offre, tout comme le Palazzo Grassi, les exemples les plus variés d’art contemporain, mêle des artistes connus à ceux émergents et contribue à rendre Venise remarquable par le contraste entre antiquité et modernité.