par Léon, terminale L.
Mercredi 17 mars. Dans la petite salle de cinéma multicolore de la villa Médicis, où le moderne s’unit agréablement à une architecture ancienne, a été projeté le premier court métrage officiel de Maurice Pialat, réalisateur contemporain de la Nouvelle Vague française, qui a tardé à s’affirmer dans le panorama cinématographique de l’époque.
C’est cet aspect que souligne tout premièrement Cyril Neyrat, professeur à l’école de cinéma de Genève, qui a guidé notre vision de l’œuvre, et en a très bien mis en évidence la complexité, qui de loin fait sa valeur. Car ce documentaire parle d’une réalité qui existe, celle de la banlieue parisienne ; mais cette réalité existe avant tout dans le cœur du réalisateur. Ainsi à l’objectivité à laquelle renvoient les plans fixes, le réalisateur fait alterner sans cesse le travelling, qui traduit les mouvements émotionnels du regard de Pialat qui nous dévoile son univers intérieur aussi. C’est donc une vision subjective affective et intimiste des quartiers de son enfance, non exempte d’une forte contestation vis-à-vis de l’Etat, qu’il nous offre. Un univers dégradé et méprisable, éclairé de l’intérieur par les gens qui y vivent, y habitent, par la caméra de Pialat qui en évoque une dimension intime. C’est un univers certainement indigne d’être vécu, mais il est vécu, et même teinté de vie, de sentiments, de murs significatifs et épaissis par l’usure dans lesquels l’image semble plonger.
Car qui dit vécu, usure, dit passé. Et Pialat a une claire volonté de l’évoquer par la force des images et des objets, tant au niveau individuel que collectif, notamment avec une analogie constante entre la réalité marginale des banlieues et la seconde guerre mondiale ou plus particulièrement les camps de concentration. C’est en effet une situation inhumaine que le réalisateur dénonce, entretenue par l’aveuglement et la surdité de l’Etat parallèlement à une certaine fermeture, forme de protection des habitants intimidés, craintifs, non protégés. Ainsi, les pleurs muets d’un enfant seul, caché dans une cabane d’un bidonville, ou encore la dernière scène, qui porte le langage de l’image à son paroxysme en montrant la main triomphante de la sculpture sur l’arc de triomphe, visage du Paris noble et vertueux, et ensuite la même main qui par une autre prise de vue s’avère suppliante, expression de l’autre Paris. Il suffit d’un changement d’axe opéré par la caméra pour que la main de gloire devienne une main qui implore.
L’image rend compte poétiquement du sentiment du réalisateur, vis-à-vis de cet univers inhumain mais humanisé, inhabitable mais habité, invivable mais vécu, inexistant et ignoré mais réel, détestable, mais aimé.