samedi 23 janvier 2010

Rencontre avec Cristina Comencini dans le cadre du ciné-club

par Clémence V.

Lorsque le ciné club de Chato accueille Cristina Comencini
Vendredi 22 janvier 2010 nous avons eu le privilège de recevoir, dans le cadre du ciné club, Cristina Comencini. Réalisatrice et ancienne élève du Lycée Chateaubriand, elle est venue nous présenter Un Ragazzo di Calabria un des derniers films de son père, Luigi Comencini.
Un Ragazzo di Calabria relate l’histoire d’un petit garçon, Mimi, qui aime courir mais dont le père ne veut pas. Celui-ci préfère qu’il étudie. Mimi va donc trouver dans Felice le conducteur du bus qui l’emmène à l’école un entraineur qui ne cessera de croire en lui.
A l’occasion de son déplacement, Cristina Comencini a accepté de répondre à quelques questions :
Clémence : Savez-vous pourquoi votre père a voulu raconter cette histoire ? C’était un sujet qui lui tenait à cœur ?
Cristina Comencini : Il a beaucoup travaillé avec les enfants, la plupart de ses films parle de l’adolescence mais pas tous. J’y ai beaucoup réfléchi, pour mon père c’est dans l’enfance qu’il y a cette seule période de totale liberté de l’individu avant que la famille, la société ne le change. Il voyait l’enfant comme miroir de la société et des relations avec les adultes. Dans ses films il montre le point de vue de l’enfant, de l’adolescent sur le monde des adultes.
C. : Quelle est pour vous la vision de votre père sur ce rapport père-fils dans ce film ?
C.C : Dans son premier film, finestra su una parte il y a deux pères :un qui comprend l’enfant mais qui n’est pas son père et un qui ne le comprend pas, un être étranger mais qui est son vrai père. C’est un peu l’idée que dans le père de chacun il y a les deux cotés. Montrer, raconter ces deux cotés permet de mettre en évidence cette contradiction cette ambiguïté qu’il y a dans un père.
Dans ses films il y a le père rêvé par un fils et le père qui existe en réalité. Ce sont deux pères nécessaires. Le père que tu combats pour devenir adulte et le père qui te protège et prend soin de l’enfant. C’est donc les deux cotés du père dont chacun de nous a besoin.
C. : Est-ce votre père qui vous a transmis la passion pour le métier et vous a encouragé à devenir réalisatrice ?
C.C : Mon père croyait qu’il fallait décourager les passions comme dans le film. Si elles étaient trop fortes elles auraient trouvé la force de s’épanouir. C’était dur mais c’était son idée mais en même temps c’était contradictoire. Car dans le film l’œil de mon père est du coté du père pas naturel. Il me disait : « c’est toi qui dois choisir, si tu veux devenir réalisatrice tu le fais contre moi ».
C. : Si on compare vos films et ceux de votre père on voit que tous dénoncent un problème social. Croyez-vous que les films de votre père ont eu une influence sur les vôtres ?
C.C : Je fais des films rarement sociaux. J’ai beaucoup raconté les contradictions, les relations humaines, le rapport d’amour, l’homosexualité. Je pense et espère avoir hérité de mon père le coté humain, le fait de mettre la relation humaine au centre d’un film. Dans les films de mon père il y a beaucoup de réalité alors que dans les miens il y en a moins, c’est peut être le fait que je sois une femme. Mais il y a des choses qui se ressemblent c’est sûre.
C. : Une dernière question : vous faisiez parti du Ciné-club du lycée lorsque vous étiez élève à Chateaubriand, comment s’organisait-il ?
C.C : A mon époque on voyait les films en pellicule. Grace au Cinéclub j’ai découvert les grands classiques comme Les enfants du paradis, Ingmar Bergman...Tous ces films que l’on ne pouvait pas voir à Rome à l’époque où il n’existait pas de vrai Ciné-club pour les films classiques. Toutes ces projections ont été fondamentales pour moi.
C’est une grande satisfaction pour moi de voir que le Cinéclub a repris et de voir qu’un film [Ragazzo di Calabria] filmé d’une façon classique, très différent de ce qu’on peut voir aujourd’hui a été suivi avec passion et grande attention ce soir.