vendredi 21 janvier 2011

Rencontre avec Daniel Uytterhaeghe

par Sophie-Lou

Les élèves de terminale de l’option histoire des arts sont allés à l’atelier Wicar pour rencontrer Daniel Uytterhaeghe, peintre plasticien.

Nous sommes vendredi 18 décembre, à deux pas de la place du Peuple, dessinée par l’architecte Valadier. les élèves du cours d’Histoire des Arts vont franchir, pour la première fois, le seuil de l’atelier Wicar.
Daniel Uttyerhaeghe, Duytter de son nom d’artiste, et son épouse nous accueillent très chaleureusement et nous accompagnent à la découverte des coulisses d‘un peintre. Parmi les élèves, beaucoup vont etre saisis de plein fouet par la beauté de l’espace artistique : Une grande salle lumineuse aux plafonds infiniment hauts, avec comme seul mobilier un canapé d’où on peut voir une longue table recouverte de pinceaux,couleurs et divers objets. Les murs sont recouverts de quelques tableaux évoquant des fragments de la Ville Eternelle sous la pluie.
Les élèves concentrés et silencieux, observent tout ce qui les entoure. Ce n’est qu’ à quelques pas des tableaux exposés qu’ils réalisent , stupéfaits, que les photos qu’ils avaient cru voir de loin, sont en réalité des peintures. Le peintre qui a su tromper avec autant d’ habilité l’oeil des élèves n’est autre que Daniel Uytterhaeghe. Il vit dans l’atelier Wicar depuis deux mois mais devra bientôt mettre en terme à son séjour à Rome.
C’est ici qu ‘il peint ses toiles, dans la solitude et l’atmosphère si sereine de cet atelier. Il raconte qu’il découvre une nouvelle manière de travailler, étant pour la première fois seul et libre face à ses oeuvres. Daniel semble heureux de partager avec le groupe d’élèves son vécu et ses ressentis. Il nous parle de son parcours qu’il qualifie, humblement, d’ anodin , de sa passion pour les paysages urbains et pour le temps pluvieux qui lui rappelle sa ville d’origine : Lille.
Il révèle qu’il nourrissait dès son plus jeune age un intérêt pour la peinture et le dessin. Mais il s’est d’abord dirigé vers des études de graphisme puis a obtenu un diplôme de dessinateur maquettiste. Il a poursuivi ses études en faisant un BTS en création textile,où il a pu, souligne t-il, dessiner plus librement n’ayant plus les contraintes de précision que doit respecter un dessinateur maquettiste. C’est à ce moment là qu’il a développé ses talents de peintre.
Ce qu’il aime peindre, avant tout ce sont les villes. Elles symbolisent pour lui le passage de chaque homme sur la planète. "Tout monument, toute architecture, toute ruelle a sa propre histoire ", rappelle t-il. Les voitures, les bruits des klaxons, les odeurs, les jeux de lumières sur le sol mouillé. Tout a son importance. C’est en s’imprégnant pleinement dans l’atmosphère de la ville qu’il parvient à en capturer le caractère poétique. Ce qu’il préfère ce sont les ciels très lumineux le soir après la pluie. A ces instants, il retrouve son enfance et se laisse inspirer par le sentiment qu’il éprouve à la vue des scènes de vie quotidiennes. "Croiser des gens qui n’ont même pas de quoi remplir leur estomac, devrait interpeller quiconque "reproche t-il aux passants qui ne daignent même pas les regarder et poursuivre leur chemin, indifférents. "Le monde change, évolue et pas toujours en mieux" déplore t-il. Néanmoins Daniel essaie de transmettre à travers ses oeuvres toute la poésie qui se cache dans les divers paysages.
Il a voyagé dans de nombreux pays tels que : Les Etats-unis, l’Angleterre, la Russie, les Pays-bas, l’Inde sans oublier, bien sur, la France et l’Italie. C’est important pour lui de baigner dans l’ambiance de différents pays pour pouvoir, à travers la peinture, faire ressortir les couleurs, les contrastes , les expressions, propres à chaque culture, les éclats de lumière particulier en fonction de telle ou telle atmosphère. Il a beaucoup aimé la ville de New -York "pour sa richesse culturelle et humaine". Il apprécie le mélange des cultures "qui donne de la couleur à la vie."De fait, la première ville qu’il peint c’est New –York, en 1984 , alors il n’y est ecnore jamais allé.
Daniel a travaillé 21 ans en entreprise avant de se consacrer uniquement à la peinture. "L’ambiance de bureau, entre les chefs et les collègues, était telle que l’envie de créer n’était pas tous les jours au rendez-vous !" s’ exclame t-il avant de lancer "Plus jamais de ça " ! . Ce sont ses proches qui l’ont encouragé à suivre sa passion . Maintenant, il se dédie à temps plein à la peinture. "C’est mon yoga" constate t-il. La peinture lui apporte de nombreuses satisfactions. Lorsqu’il peint, il dit avoir la sensation de voyager avec elle. Il se sent libre. Il aime être seul dans son atelier et peindre au rythme du rock métal. Au fil du temps, il voit son style évoluer. Daniel a exposé en 2007 pour la première fois dans une galerie Lilloise , la galerie Raison d’Art, et en un an seulement 40 de ses tableaux ont été achetés. Depuis il s’est rendu à New-York,ville qu’il avait déjà l’impression de connaitre, et dont il reçoit beaucoup de commandes, "mais je la peint toujours avec autant de plaisir" insiste t-il.
Daniel cherche à figer le moment présent et à apporter un témoignage de l’état de notre société aux générations futures, "à la manière d’un photographe". En effet, Daniel travaille à partir de photos, prises par lui même, qu’il retouche ensuite à l’aide d’un logiciel afin d’obtenir certains jeux de contrastes et de reflets qui donnent une plus grande force à la réalité qu’il veut représenter. Ce n’est que dans un second temps qu’il entame le travail sur la toile. Il commence par peindre en noir et blanc pour mieux rendre compte des points d’ombre et des profondeurs sans que la couleur n’influence sa vision. Ce n’est qu’à la suite de ce long travail préparatoire qu’il enivre son tableau de couleurs.
Daniel a de nombreux projets. Il souhaiterait retourner à New-York, puis découvrir Montréal au Québec pour s’impreigner d’une nouvelle atmosphère, source de ces inspirations. Parallèlement, il prévoit d’exposer ses oeuvres dans la galerie lilloise, Raison d’Art, sur le thème du « Noir et blanc " à partir du 20 Janvier 2011. Il exposera ensuite, au mois de mars, avec quelques autres artistes dans une galerie du boulevard Haussmann à Paris. Daniel nourrit l’espoir de partager son amour pour la peinture avec les spectateurs , ne serait-ce que les faire réagir.